Le maquis SURCOUF

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Au cours de l'année 2002, la famille CHAINEAU a eu la douleur de perdre son doyen Raymond, artisan maçon au village durant toute sa vie professionnelle.

Les jeunes savent peut-être moins qu'il a été un résistant très actif au cours de la dernière guerre mondiale, et l'un des 250 membres du maquis SURCOUF, installé à la ferme de Mortière tenue par la famille Follot, dans les bois de Chaignay-Villecomte.

Ces quelques lignes se veulent être le témoignage de notre gratitude et de notre respect à ces patriotes courageux.
Nous emprunterons à
Bernard FOLLOT, né à Mortière le 22 Mars 1922, décédé le 24 Octobre 2011, le document qui suit.

En juin 1940, l'effondrement militaire de la France et l'exode massif de réfugiés s'enfuyant toujours plus au Sud provoquent un désarroi général : la débâcle comme on l'a surnommée. C'est la stupeur et la crainte car notre Pays, acculé à la défaite, subit alors le joug implacable des armées hitlériennes partout présentes. Nous avons plus d'un million de prisonniers de guerre, rapidement emmenés en Allemagne dans les oflags et les stalags.
La France sera occupée d'abord en partie puis, en totalité à partir de novembre 1942 jusqu'à la défaite de l'Allemagne en 1945. La Gestapo, redoutable police secrète, étend son emprise sur tout le territoire.
La résistance à l'intérieur du pays s'organise tant bien que mal.
Mes frères, Adrien (1) et Raymond mobilisés en 1939 sur la ligne Maginot, ont été faits prisonniers. Adrien est emmené dans un stalag en Allemagne où il y restera jusqu'à la fin de la guerre. Lourde tache pour notre mère , qui jusqu'au retour de Raymond, démobilisé assume seule la responsabilité et la marche de la ferme. Il en avait déjà été ainsi durant la guerre de 1914/1918 , notre père se trouvant sur le front
Il importe aussi de ne pas être vu des allemands dont un commandant de la Kommandantur de Dijon qui vient régulièrement chasser le gros gibier à l'affût dans les forêts avoisinantes, accompagné seulement de son chauffeur jusqu'au «rendez-vous de chasse», situé proche du chemin de Chaignay à Saussy. Cet officier d'un certain âge, parle couramment le français. Il vient souvent jusqu'à la ferme, sans arme, pour acheter des oeufs ou du beurre que maman est bien obligée de lui céder. Un certain jour, il s'est étonné de ne plus me voir. A son arrivée je m'étais très vite caché dans une pièce voisine de la cuisine. Maman lui a répondu que j'étais occupé quelque part dans les champs. Mais je crois qu'il n' a pas été dupe. Au début de la guerre, nous nous sommes procurés un poste de TSF à pile pour mieux connaître les nouvelles . Régulièrement , le soir, nous captons la radio de Londres «les Français parlent aux Français» malgré le brouillage. La voix de Maurice Schuman nous devient familière. Dès lors, nous sommes informés de l'évolution de la guerre et le Général De Gaulle, inconnu auparavant, suscite un immense espoir.
Un matin de mars 1944, cinq hommes se présentent à la ferme, dont quatre de Chaignay connus de mon frère Raymond ; Arsène Picard. Louis Clémencet, Marcellin Guelle, Raymond Chaineau ainsi qu' un inconnu « Jacques » recherché dans le Jura par la Gestapo pour ses activités dans la Résistance.(2)
Il fait encore froid et il neige. Ils viennent demander à ma mère si elle consentirait à l'implantation d'un groupe de résistants dans la ferme. Après avoir pris l'avis de mon frère Raymond entièrement favorable au projet elle donne son accord, sans hésitation.
C'est ainsi que se constitue les jours suivants un embryon de maquis appelé « SURCOUF » du nom d'un navire de guerre sur lequel a servi l'un des premiers maquisards, Louis Petetin. Le Capitaine « Jacques » (nous ne connaissions pas alors sa véritable identité) chef énergique et courageux, prend le commandement.

Le premier parachutage d'armes et munitions, effectué de nuit, est reçu sur les friches de « la fourrée » au lieu dit « Champ Fouchard » entre Villecomte et Chaignay. Les lourds « containers » sont chargés sur deux voitures à chevaux et transportés à Mortière par mon frère Raymond, Henri Clément et moi-même. « Jacques » est bien sûr avec nous. Un officier, peut-être anglais, « Emile » parlant couramment le français est parachuté cette même nuit avec le matériel. Tout au long du trajet de retour à la ferme, il s'entretient avec nous. Après avoir passé la nuit à Mortière il part discrètement, pour la Franche Comté paraît-il ?. Seul « Jacques » savait , sans doute.
Le maquis s'étoffe rapidement de volontaires venus de Chaignay, de Dijon. même du Jura et des cheminots d'Is sur Tille.
Des sympathisants sûrs renseignent et ravitaillent le maquis, entre autres ;
- Guillemin de Villecomte , garde-chasse particulièrement actif, Parisel garde forestier
- Tante « Génie» (Eugénie Follot) qui souvent, héberge en cachette à Villecomte où elle réside .des responsables de la résistance qu'elle ne connaît pas,
- les familles Muller et Dangien de Chaignay,
- Marcel Varney d'Epagny qui vient souvent à la ferme en tandem avec Melle « Claude » de Dijon, employée à la Société « Lepetit Niquevert » Après la guerre Melle « Claude » se fera religieuse.
- Albertine Muller. de Chaignay. sera l'infirmière du groupe, tout en restant dans son village avec ses parents. Elle avait déjà hébergé et soigné en cachette pendant plus d'un mois Gilbert LE BERRIGAUD dit < PIC PUS >, Chef du groupe TABOU de Foncegrive , fusillé à BESANCON . le 19 Mai 1944
Le Capitaine « Jacques » constitue un groupe franc notamment avec Raymond Chaineau de Chaignay originaire de la Vienne, Léon Parisot dit « Lonlon » du Jura. Petetin et quelques autres dont Yves Lautrey d'Is sur Tille, rescapé du petit groupe «Tabou» décimé par des miliciens dans la forêt de Foncegrive (Côte d'Or).
Un renfort important arrive peu après au maquis, une quinzaine de parachutistes SAS anglais et canadiens avec quatre Jeeps équipées de mitrailleuses. Les liaisons radio avec Londres en sont facilitées et, à la suite de messages convenus, les parachutages d'armement, toujours de nuit, sont de plus en plus fréquents, au plus près des bâtiments de la ferme, après échange de signaux lumineux avec les avions volant à très basse altitude. Les lourds « containers » cylindriques sont aussitôt ouverts et stockés dans l'un des bâtiments de la ferme. Une partie du matériel est ensuite transportée par camionnettes, avec beaucoup de risques, vers d'autres maquis de la région, tel « Liberté » près de Frénois.
De nouvelles recrues sont progressivement acheminées en secret vers le maquis. A la libération de la Côte d'Or nous serons environ 250. C'est ainsi qu'arrivent par différentes filières deux déserteurs de la Wehrmacht avec leurs armes dont Hans déjà blessé en Russie et un autre appelé « le vieux ». Hans est même incorporé au groupe franc. Nous rejoignent, également quelques vietnamiens provenant d'un camp de travailleurs Indochinois, venus en 1939 et installés près de Tarsul.

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